OLGA VERME et PHILIPPE DESSEIN

L’OUTRE PASSÉ

Exposition L'outre passé

Que sont les souvenirs devenus ? Tel pourrait être le sous-titre de l’exposition de gravures que présentent Olga Verme et Philippe Dessein à la Galerie Lyeuxcommuns. Les cuivres gravés d’Olga évoquent les mères d’Amériques du Sud à la recherche de leurs disparus depuis les années 1970. Alzheimer ! s’exclame Philippe qui désigne d’eau forte en eau forte la lente perte d’identité apparue chez sa propre mère. Exposition à double visage où se mêlent présentes absences et absente présence.

L'outre passé

 

 

Exposition L'outre passé

¿ Donde Estan ? interrogent les cuivres gravés d’Olga, évocation des mères d’Ayacucho, au Pérou (Olga est d’origine péruvienne) qui rejoignent les mères du Chili ou d’Argentine dans la recherche incessante de leurs disparus, ces chers recherchés depuis les années 1970.Alzheimer ! s’exclame avec résignation Philippe qui désigne d’Eau forte  en Eau forte la lente perte d’identité apparue chez sa propre mère.Dans les estampes d’Olga, les milliers d’absents douloureusement présents, cœurs de mémoire de mères éplorées.Dans les estampes de Philippe, la présence d’une mère où l’absence creuse un abîme.Exposition à double visage où se mêlent présentes absences et absente présence.Dialogue des douleurs.La matrice de cuivre délivre ses épreuves de papier où chacun des artistes conserve les traces d’une tragique carence.Il serait superficiel voire fallacieux d’opposer la mémoire vive (volatile, RAM) à la mémoire morte (figée) propre à nos jeunes machines électroniques. La mémoire ici convoquée ne s’apparente pas au disque dur, la métaphore froide nierait et l’affectivité et l’intimité.Mémento Homo, valeur de l’humain souvenir.

Personne est mon fils.Empreintes du souvenir quotidien, lancinant, obsédant de la perte. Vif souvenir du toujours vif disparu. Souvenir figé dans le temps dès l’annonce de la disparition. Comment évoquer le souvenir d’un corps qui n’a pas été restitué ? Dès lors, à l’évocation, à la re-présentation se substitue le vif de la présence, pour combien de temps encore, absente.

Dos rotros Gravure Olga Verme

Personne est ma mère.Empreintes de la perte variable, progressive, sensible, sourde des souvenirs d’une mère regardée, comme un fils regarde sa mère quand il tente d’en faire le portrait. La Maladie d’Alzheimer (MA) rejoint d’autres Maladies (neuro-dégénératives) Apparentées sous le sigle MAMA.

Ô fil(s) de mémoire.

Face aux œuvres présentées cette exposition double ne pose, avec gravité, qu’une seule et même question : l’identité est-elle soluble ?

Elle interroge notre regard : ne mettons- nous  pas trop de hâte à conjuguer l’être et l’avoir, confondant ainsi avoir disparu et être disparu ? Avoir Alzheimer ou Être Alzheimer ?

Faux pli Gravure Olga Verme

A la mort sans cadavre, les mères ne consentent pas. A l’obscur enfouissement de la mémoire, le fils ne se résigne pas.

« On aurait trop vite fait de rompre le fil d’une histoire » semblent nous répondre  les estampes d’Olga et Philippe qui nous invitent à ne pas faire le deuil avant la mort et articulent leur méditation en un seul et même message : les disparus et les malades d’Alzheimer n’ont pas fini d’écrire leur histoire de vie. Aux yeux des proches, autrement, ils sont.

Philippe Dessein 05/07/2014

Regards en attente Gravure Olga Verme 2004

 

LE GRAVE MÉMOIRE  

Le Grave-Mémoire

En fouillant dans – Mémoire – j’ai vu des mots : alexie, agraphie, aphémie, agnosie, dysphasie, dysmnésie, dyschronie. Le neurologue ne les a pas prononcés. A l’école, je ne les ai pas appris. Je vois les définitions assises à côté de moi. Nous avons quitté le cabinet du spécialiste. Tu n’as pas entendu ses mots.

J’ai retenu ce mot : Alzheimer. Alzheimère rime avec guerre.

Maman – pétrir. Maman – pétrifiée, quelqu’un gagne, quelqu’un d’autre te gagne.

Glu/sève/glue/sève/glu/sève/glu…

Dans « Poteaux d’angle » Henri Michaux * écrit :

« Tu laisses quelqu’un nager en toi, aménager en toi, faire du plâtre en toi et tu veux encore être toi-même ! » 

Mais Maman ! C’est toi qui fais du plâtre en toi !

Tu veux être chez toi dans les hauteurs ? Tu deviens de plus en plus légère, je pourrai bientôt te porter sur un bras. Toi qui m’as porté.

J’ai mal à ta mémoire. Ton visage ne disparait pas, tu n’es pas torturée par la douleur. C’est derrière tes yeux que tu ronges le présent, l’hier et aujourd’hui.

Maman, dans ta tête, ça ne résonne plus ?

L’hippocampe portant corne d’Ammon et gyrus denté s’ébroue, se cabre, s’avoue vaincu.

 Il calque son pas sur celui du manège de bois. Le praxinoscope perd ses images une à une.

Revanche du ver à soi qui absorbe le tissâge. Ta tête est un cocon en forme de nuage.

Avertissement

Au sein de mots où l’enfant crût : le blanc, rongeuse éclipse. Le texte qui suit est lisible avec les yeux, seulement avec les yeux, avec les yeux doués de la mémoire des mots. Version ou thème, thème ou version que la traduction de la langue maternelle dans sa langue maternelle ?

Quand tes mots se trou ent sur le b ut de  ta langue

Vendredi  ou  sa edi

Tu  es  venue  me  voir mais  je  perds  la  mémoire

Dis-moi,  tu  es   v nu   pourq oi

C’est  bien  ça  le  b uquet  de  fleur  dans  le   bo al

Changeo s-le   jetons-le   el es   perdent   l urs   p tales

ou  je  changerai  l’ au   ell   e t   v eille 

on   v rra   c’est   l   c aleur   ici   il   fa t   t op   lou d

de ors  sur  le  b lcon  au si   i   f ut  q e   j’arr se

c’ st   l’ét   en  ju llet  no mal  de  s  ison

Vend edi   o    s medi  au ourd’h i   on   e t   m rdi   non   m r redi   d cid ment !

Heur us ment   je  marq e   t ut   dan   l’ genda 

                                                                                                 Philippe Dessein

* Henri Michaux « Poteaux d’angle »  L’Herne 1971 ; page 10

Photos  Alain Barthot et Léna Dessein

 

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